J’ai découvert il y a quelques jours le dernier clip de Faudel. J’ai été charmée: l’air est entraînant, le Petit Prince du Raï joue du sourire, et les paroles m’ont paru très positives.

Hier, j’attendais Corinne et Marie qui venaient passer la soirée chez moi. La radio fonctionnait, et c’est avec plaisir que j’ai entendu les ondes jouer Mon Pays.

Les filles ont sonné. A peine avait-elle passé le seuil que Marie s’est exclamée:
– Mais qu’est-ce que tu écoutes, là?
– La dernière chanson de Faudel, elle est chouette.
– Je sais que c’est la dernière chanson de Faudel! Je ne veux pas l’entendre!
– Pourquoi cela?
– Je ne t’ai pas raconté?

Marie est surveillante dans un des collèges où j’ai travaillé. Même si elle adore les enfants, et qu’elle fait ce métier avec dévouement, cela reste surtout son gagne-pain: elle a fait des études de cinéma, et a déjà travaillé sur des courts et des longs métrages. C’est du 7ème art qu’elle veut vivre. Aussi, quand elle a été engagée cet été comme assistante sur le clip de Faudel, elle était toute contente.

Le tournage commençait ce jour-là. C’est elle qui a été chercher l’artiste chez lui, avec sa propre voiture, et l’a amené sur le plateau. Marie est quelqu’un de joyeux, et le contact est aussitôt passé: ils ont discuté, plaisanté, et dans la matinée, il a été plutôt attentionné avec elle.

Sur les coups de midi, Faudel est venu la voir:
– Je me sens fatigué, est-ce que je peux aller me reposer dans ta voiture?
– Bien sûr, pas de problème.

En apartée, un assistant l’a avertie:
– Ne lui laisse pas les clés de ta voiture. Tu sais comment sont les artistes: s’il part se promener, il va mettre le tournage en retard, et ça coûtera cher à la prod.

Marie a donc accompagné le jeune homme, ainsi qu’un des amis de celui-ci, jusqu’à son véhicule. Elle les a installés, et a récupéré son trousseau.

Quelques minutes plus tard, elle a reçu un coup de fil:
– Marie, tu peux nous laisser les clés?
– Je suis désolée, mais je n’ai pas le droit.
– Allez, s’il te plaît!
– Ecoute, on m’a demandé de ne pas le faire, je ne peux pas.
– Qui ça?
– Quelqu’un de la prod, je ne peux pas te dire qui, mais je n’y peux rien.

Elle a appris ensuite que Faudel et son ami avaient quitté le tournage et s’étaient rendus à la maison de production.

Personne n’y a prêté garde, et tous ont continué de travailler, préparant le plateau pour l’après-midi.

C’est le 1er assistant qui est retourné chercher l’artiste. Une fois revenu, il a glissé un mot à Marie:
– Faudel fait un scandale: il t’accuse de racisme, il faudrait que tu ailles lui parler.

Mon amie s’est exécutée.

– Ca va?
– Je ne parle pas avec des gens comme toi.

Un peu choquée, elle est retournée à ses occupations. Peu de temps après, le 1er assistant l’a rejointe:
– Je suis désolée, mais je dois te demander de rentrer chez toi.

Alors il peut toujours chanter “Trop / de temps abandonné / sur les bancs de ma cité”: quand on revendique ses origines modestes, on ne fait pas renvoyer sur un caprice une fille qui d’habitude gagne à peine plus que le smic en travaillant pour des élèves dans le 93.

Qui donc se comporte comme un enfant gâté?

Choquant.