Bleu-Rouge blog

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17 Nov

Tout va bien

Posted in Lecture on 17.11.06

Imaginons que je me trouve à table avec Axel. Nous nous apprêtons à dîner. Comme d’habitude, Axel cause de plein de trucs, ça va très vite, faut le suivre, c’est pas un gars nerveux, l’animal, du tout, du tout.
Soudain, avec son coude, il ramène sans le faire exprès (il ne le fait jamais exprès, je préfèrerais, ça me rassurerait) un simple couteau. D’accord, d’accord : rien de très sérieux. En plus, miraculeusement, il s’en aperçoit. Le couteau parvenu au bord de la table, il le coince sous son coude et ceci juste avant qu’il ne tombe sur le sol dans une tentative de récupération qui, à première vue, je vous l’accorde, semble maîtrisée.
A première vue seulement.
Car, malheureusement, le bout du couteau vient de se coincer sous la bouteille de vin que je viens juste de déboucher. Et ça, Axel, il ne l’a pas remarqué, il donne alors un coup de coude qui fait levier sous la bouteille qui bascule. En tentant de s’emparer de ce pinard à la dérive, il ne fait que le projeter plus violemment encore… dans la casserole de petits pois. J’entends alors très distinctement un de ses fameux “Oh ! Bah ! Oh !” qui n’est absolument pas une évocation du gel douche parfumé. Ce “Oh ! Bah ! Oh !” ne veut strictement rien dire sinon que les catastrophes en chaîne de M. Ferrand pourraient très bien nous conduire, plus rapidement qu’on ne le pense, de manière encore plus radicale que le trou de la couche d’ozone ou la guerre thermonucléaire, à l’anéantissement complet de toute forme de vie sur la planète. C’est un danger, ce mec, il nous exterminera jusqu’au dernier, j’en suis certain. Par où il passe, l’herbe ne repousse pas.
Car, non, ce n’est pas terminé : la chaîne de la causalité ferrandiesque n’est pas encore parvenue à son dernier maillon. Loin s’en faut. Axel a des ressources inépuisables. Le voilà donc qui entreprend des moulinets avec les bras, expression gestuelle totalement incompréhensible pour tout être humain normalement constitué et, dans un mouvement aussi désespéré qu’absurde, frappe comme un malade le manche de la casserole qui se renverse à son tour, cul par-dessus tête. La bouteille, vidée de son contenu, roule et tombe sur son pied nu. Il fait : “Aïe, aïe, aïe !”, relève la jambe et cogne le tréteau de la table qui s’écroule sur le sol avec tout le reste.
Moi, je n’ai pas quitté ma chaise un seul instant. Je tiens mon verre d’eau. Médusé. Je bois une gorgée. Complètement soufflé par ce terrible naufrage sur le lino : assiettes cassées, couverts éparpillés, tomates noyées, petits pois flottant dans du bordeaux pour ce remake domestique de Titanic. Sept secondes. J’estime à sept secondes le temps qu’il a fallu à Axel pour transformer la cuisine en champ de bataille bosniaque. “Attends, PaCa, j’vais essuyer !” propose-t-il avant de glisser dans le résultat de ses oeuvres pour finalement se cogner le crâne contre le frigo. “Aïe, aïe, aïe !” ponctue-t-il, allongé dans ce gloubi, en se massant le cuir chevelu et en me jetant le regard du mec qui, non, putain, a vraiment pas d’chance, le sort s’acharne.

Pascal Pellerin

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Les commentaires sur cet article

  1. cossaw says:

    Tiens, c’est vrai, il me manque, PaCa…


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